Décris toi brièvement, fais nous part de tes principaux traits de caractère, me dira-t-on.
Et comme à bon nombre de questions ou de requêtes, je répondrai pensivement: C'est un peu plus compliqué que ça.
Voyons pourquoi.
Si le passé s'est écoulé et que le futur n'est pas, il ne me concerne en rien de plus que la mort dans les propos d'Epicure. Ce qui sera, je ne peux l'atteindre, ce qui fut je ne le puis, ce qui est je ne le contrôle guère, et ce que j'en perçois se limite à l'écoulement qui m'en parvient.
Je suis spectateur des mouvements de ce que j'appelle mon corps, et qui répond à une volonté que je ne maitrise pas, dont je suis dépendant, et ne dirige ni les rouages, ni les envies.
Quel que soit la ligne de raisonnement suivie, elle s'achève par elle même au sein de cette conscience de laquelle j'ai le sentiment de faire partie. Pourtant je ne suis en rien le moteur, je le sens, puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que de suites logiques défilants devant ce que je crois percevoir.
Mais alors n'étant pas ce corps que j'ai l'impression d'avoir en ma possession, ni cette volonté qui semble se prendre pour l'étincelle de vie, qui suis je ? Assurément pas même celui qui écrit ceci, ni encore qui sent et qui perçoit, peut être uniquement la souffrance qui résulte de ce qui semblerait m'apparaître comme des interactions lointaines et distantes, pourquoi pas aléatoires.
Et donc enfin celui qui ressent ce qu'il croit écrire en n'en étant que le triste spectateur. J'aimerais pouvoir affirmer transparaitre dans cette utilisation récurant que je fais de cette première personne du singulier.
Non, nous nous égarons. JE m'égare. Puisque cette volonté d'affirmation est intrinsèquement liée à la pensée qui anime le corps dont les doigts courent sur les lettres d'ivoire.
Je pense, mais qui suis-je... Simple conscience d'un unique autrui ?
Il me semble encore penser avoir la chance d'être dans le seul corps et le seul esprit en train de coucher ces mots qui ne me concernent pas.
Il me semble...
Certes, nous voici bien avancés. C'est cependant la meilleur réponse que je puisse vous donner. Elle n'est pas complète, elle n'est pas précise, elle n'est d'ailleurs même pas bien écrite. Mais après tout, ce n'est qu'un préambule...
Soyons bons joueurs, et faisons l'effort de sacrifier la forme au profit d'une énonciation congruante à la pensée.